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dimanche 21 mai 2017

Les vêtements adaptés des Loups Bleus


     Boutonnière, manches étroites, fermetures éclair, bretelles...Pas facile parfois de s'habiller ou d'habiller un enfant avec un handicap moteur.

    Cécile Pouleur, maman d'une petite fille prématurée, a pris le problème à bras le corps et a créé sa propre ligne de vêtements adaptés pour "enfants extraordinaires". Elle imagine et coud elle même ses modèles dans des tissus gais, agréable à porter et de bonne qualité.


(vidéo tirée du site des Loups Bleus auquel vous pouvez accéder ici)

     En trouvant des solutions aussi simples et astucieuses que d'élargir les cols, remplacer les boutons par des aimants, ou intégrer les harnais, attelles et les couches dans la conception du vêtement, les collections des Loups Bleus ne font pas que faciliter l'habillage. En facilitant ce qui peut rapidement devenir une contrainte quotidienne, elles favorisent l'autonomie des enfants, leur confiance en soi, et par là leur capacité à se penser acteurs de leur propre vie


     On peut se féliciter que Kiabi ait formé un partenariat avec Les Loups Bleus (collection ici) et sorti en près à porter des vêtements adaptés qui se sont écoulés à la vitesse de la lumière ! Cela permet à la fois de diminuer le prix de la pièce (le pantalon proposé par Kiabi coûte par exemple 35 euros contre 57 euros sur le site Habicap et à 75 euros sur le site Constant et Zoe selon cet article), et de donner de la visibilité au handicap moteur.
     Nb : Certains vêtements, comme les capes ou les chemisettes aimantées, peuvent faire l'objet d'une prise en charge par la Maison Des Personnes Handicapées.

    Vous pouvez consulter leur site internet, et les suivre sur Facebook :)

jeudi 16 mars 2017

PEC des réfugiés en Psychomot


Marion, Psychomotricienne diplômée de l’école de Bruxelles, a réalisé après son DE un stage dans une association prenant en charge des hommes, femmes et enfants réfugiés. Encore une belle application de la Psychomot, qui peut décidément s’attaquer à de nombreuses problématiques !




Dans quels pays et quels types d’établissement se déroule la prise en charge psychomotrice des réfugiés ?

      C’est en France, puis en Suisse et en Belgique que l’on trouve des psychomot travaillant auprès de migrants. La plupart travaillent dans des centres spécialisés dans la migration ou en libéral. Mais l’on retrouve le plus de migrants dans les lieux en lien avec l'enfance (car les migrants ont comme nous tous pour obligation de scolariser leurs enfants).
      En fait on est pas obligé de travailler dans un centre spécialisé dans la migration pour travailler auprès de migrants/réfugiés, parfois on se retrouve dans des quartiers un peu plus défavorisés, ou près d'un foyer d'accueil, et on les rencontre dans les hôpitaux, dans les écoles, parfois même dans les maisons de repos.


Dans quelle institution as-tu travaillé ?

      J’ai fait un stage de six mois dans une association en Belgique spécialisée dans l’accueil des personnes migrantes, exilées, réfugiées. Le but de cette association est d’offrir un soutien médico-psycho-social à ces personnes qui ont, dans la plupart des cas, été victimes d’une guerre et/ou de violences, de tortures, de persécutions psychiques, physiques ou sexuelles, en plus d’avoir dû quitter un pays auquel elles étaient attachés.

      L'équipe était constituée de médecins, psychologues, assistant-e-s sociales, et de ma maîtresse de stage

Comment/pourquoi t'es tu orientée vers la prise en charge des réfugiés ?

     J’ai toujours été très attirée par les problématiques culturelles et migratoires (un de mes rêves d’enfants était d’ailleurs d’être anthropologue) sans pour autant penser un jour que je pourrais travailler dans le domaine en tant que psychomotricienne. En fouillant sur internet à la recherche d’un stage (dans tous les domaines à ce moment là), j’ai pu voir que, même si les psychomotricien-ne-s qui travaillaient auprès de ces personnes étaient très rares, il y en avait quand même ! Et il y en avait justement une en Belgique au sein de cette association. En fait, je ne cherchais pas réellement un stage dans ce domaine parce que je ne savais pas que nous pouvions y travailler mais, en voyant cette occasion, j’ai su instantanément que c’était ce que je voulais faire, que ça allait probablement être dans ce domaine que je m’épanouirais en tant que psychomotricienne, et je voulais aussi montrer aux gens que nous avons un rôle à jouer avec ces personnes. 


Voyais tu plus d'hommes, de femmes, d’enfants ? Quelles étaient leurs nationalités ?

      La proportion d’hommes et de femmes est à peu près équivalente. En ce qui concerne les enfants, j’étais dans une équipe d’accueil pour adultes donc j’en ai croisé peu. Mais il y a beaucoup de MENA (Mineurs Etrangers Non Accompagnés), c’est-à-dire des jeunes entre 11 et 17 ans qui ont migré seuls depuis leur pays d’origine. Et dans ces cas là aussi la psychomotricité a son rôle : ces jeunes sont isolés, en perte de repères, traumatisés. Pendant la migration, ce sont des personnes très vulnérables qui peuvent être facilement intégrés à des trafics d’humains. Dans quelques cas, le reste de la famille est encore au pays, ou elle a migré également mais est bloquée dans un autre pays, ils ont très rarement de leurs nouvelles. Comme les adultes, ils ont accumulé beaucoup de mauvaises expériences et leur corps en pâtit. Ce sont des jeunes, parfois des enfants, qui ont dû grandir trop vite.

      Quant aux nationalités, c’est lié aux pays en guerre ou sujets à des conflits entre ethnies : Syrie, Irak, Afghanistan, Erythrée, Somalie, Guinée, Sénégal… Certaines femmes fuient les mariages forcés également.




Était-ce difficile de faire face à ce public traumatisé par des épreuves qu'on n’imagine même pas en Europe ?

      Oui au début c’est difficile. En plus, j’étais souvent plus jeune que mes patients, ce qui me donnait encore plus l’impression de ne pas être, en quelques sortes, crédible. 
      
      On se demande si on peut faire face aux récits qu’on entend. Parfois on parvient à accueillir ce qui est dit, et d’autres fois on ne le peut pas. Au niveau du contre-transfert c’est parfois difficile à gérer : ça dépend de la personne que l’on a en face de nous, de la façon dont elle-même parvient à mettre en mots ce qui a été vécu et dont elle s’en distancie, mais aussi de l’état dans lequel on est au moment où l’on reçoit le récit. 

      Mais chaque prise en charge a son lot de difficultés à ce niveau là, dans toutes les disciplines et avec tout public, en fonction de notre expérience, de notre état et du patient, il y a des choses qu’on peut gérer et d’autres où on va avoir besoin d’une aide extérieure. L’équipe, si elle est en de bons termes et soutenante (et j’ai eu la chance que ce soit le cas pour moi) apporte cette aide extérieure, nous aide à nous distancer de ce qu’on vit avec certains patients dont les récits nous submergent. 

      Mais la chose principale qui nous permet de faire face reste selon moi la force des patients. Les patients réfugiés ont une force de résilience incroyable, ils parviennent à surmonter des choses qui nous paraissent insurmontables. Cette résilience épatante et les progrès qu’ils font chaque jour sont très nourrissants et c’est ce qui m’a permis de faire face aux moments plus difficiles. C’est l’aspect magnifique de ce travail : ils ont souvent en eux toutes les ressources nécessaires pour surmonter leurs traumatismes, et nous on est finalement là pour aider à ce que ces ressources émergent.


En quoi ton travail auprès des réfugiés était il différent du travail des psychologues et des autres médecins et paramédicaux ?

      J’ai en fait beaucoup écouté ce qu’ils avaient à dire, mais probablement pas de la même façon que l’a fait la psychologue. Je pense que le fait de travailler sur le corps permet de délier la parole. En fait, la prise en charge en psychomotricité arrivait souvent en dernier lieu : on avait une réunion d’équipe dans laquelle on énonçait les nouveaux arrivants, puis ils avaient souvent en tout premier lieu un RDV avec le médecin de l’association, pour constater les tortures et violences, les maladies potentielles, les troubles physiques et/ou psychiques… et parallèlement avec l’assistant social pour travailler sur la procédure de demande d’asile et la possible obtention de leurs papiers, qui est d’ailleurs souvent pour eux la priorité ultime. 

      C’est souvent à la suite de ces entretiens qu’on décidait s’ils seraient suivis en psychologie et en psychomotricité. Dans certains cas, un travail sur le corps peut s’avérer un peu effrayant, parce que ce n’est pas courant dans leur culture ou parce qu’ils ont vécu tellement de mauvaises expériences au niveau corporel qu’ils le désinvestissent. Un suivi psychologique peut être alors plus judicieux dans un premier temps. Mais dans d’autres cas, c’est parfois le fait de travailler sur le corps qui va délier la parole et indirectement impacter le travail réalisé parallèlement en psychologie

      Aussi nos prises en charge sont différentes mais complémentaires. Ces patients ont souvent beaucoup de choses dans la tête qui les empêche de vivre pleinement : la famille est restée dans leur pays d’origine ou est décédée, parfois pendant le trajet migratoire, puis les souvenirs de la guerre ou des tortures/violences qui reviennent en boucle, sans compter la lenteur de la procédure d’asile qui les laisse constamment dans un sentiment d’insécurité : ils pourraient repartir vers l’enfer qu’ils ont vécu à tout moment.


Qu'elle est la place de la Psychomotricité dans cette problématique ?

      Souvent, le principal aspect dans ces prises en charge reste de créer un lien avec la personne : elle n’a peut-être plus de famille, se sent isolée, peut avoir perdu toute confiance en l’humanité avec les atrocités qu’elle a pu vivre. On essaie de reconstruire du lien et des repères chez la personne : dans l’écoute, dans la contenance, dans la mise à disposition d’un espace-temps sécure où elle sent qu’elle peut s’exprimer et que ce qu’elle exprime sera accueilli, digéré, symbolisé, transformé ou mis en mots. 

      Quand je parle de créer repères, je pense aussi aux repères spatiaux-temporels : il ne faut pas oublier que les personnes réfugiées arrivent dans un environnement et une culture inconnue, complètement différente dans sa gestion de l’espace et du temps. En ethnopsychiatrie, on parle de « métissage » et notamment de « cadre métissé ». Notre cadre en psychomotricité, balisé en temps et en espace, offre des repères mais peut également servir à la rencontre interculturelle avec notre patient. Sans calquer la culture du patient, on peut s’en inspirer dans l’aménagement de notre salle, dans l’utilisation du temps ou dans le choix des médiations. 

      Nous avons aussi accès, de manière plus privilégiée, au langage non verbal du patient et à tout ce dialogue tonico-émotionnel qui est une des spécificités de notre métier. Puisque le psychisme et le corps sont liés, tout ce que le corps raconte n’est pas anodin et c’est au psychomotricien de se questionner sur l’état de son patient lorsque le langage verbal ne concorde pas avec le langage non verbal. 

      C’est par ailleurs souvent le cas chez ces patients, ils ont régulièrement des troubles du tonus et on le ressent plus particulièrement à travers le dialogue tonico-émotionnel. La souffrance psychique qui a été vécue lors de la migration et des violences laisse une emprunte tonique dans le corps du patient, parfois hypertonique, parfois hypotonique mais qui entraine des difficultés corporelles et motrices. J’ai eu des patients complètement raides, qui n’utilisaient plus toutes leurs articulations.

      Nous avons aussi un apport intéressant pour les troubles psychosomatiques, une autre traduction par le corps de ce qui se passe dans le psychisme : les problèmes de sommeil, l’hypervigilance, les troubles anxieux, les troubles digestifs, les troubles de l’équilibre, les troubles de l’humeur…


Quels étaient les troubles psychomoteurs les plus répandus chez tes patients ?

      Les traumatismes vécus par la migration ou les tortures induisent ce que l'on appelle un Syndrome de Stress Post-Traumatique, c'est un trouble psychique qui en entraîne plein d'autres : des états psychotiques, des troubles de l'attention, de l'hyperviligence. Tout ça fait que le corps est constamment en alerte, sans possibilité de se reposer et de récupérer. Le système nerveux parasympathique est alors mis à mal, ce qui entraine des troubles du sommeil et digestifs

      Au niveau psychomoteur, ça se traduit par des troubles du tonus, des troubles psychosomatiques, des troubles sensori-moteurs, et parfois aussi des maladies en lien avec les douleurs chroniques comme la fibromyalgie. Il y a en fait une corrélation entre ces maladies et les traumatismes, sans que l'on ait encore de réelle explication à ce sujet (l'hypothèse principale est la modification du seuil de la douleur due aux traumatismes, comme si les récepteurs de la douleur situés dans le SNC et stimulés pendant les événements traumatiques avaient pu développer une sorte de mémoire de la douleur jusqu’à en devenir plus sensibles).




Quelles techniques/médiations utilisais-tu ?

      Devant tout ce qu’ils ont vécu, ils ont beaucoup à exprimer, à extérioriser, parfois c’est à travers les mots (quand ils savent parler le français, car je n’ai pas encore mentionné la barrière de la langue mais c’est tout de même un aspect important et particulier du travail auprès de réfugiés), parfois c’est à travers le corps : le yoga, la relaxation, les touchers thérapeutiques, la danse ; ou bien le dessin, la peinture, le théâtre, la sculpture

      On cherche la médiation qui va fonctionner le mieux avec la personne. C’est aussi à tâtons qu’on avance, j’ai pu personnellement beaucoup travailler avec le toucher mais quand le corps a été profané, persécuté, maltraité, les médiations corporelles en général doivent être amenées très minutieusement.

      En séance individuelle, j’ai fait essentiellement de la relaxation, des exercices de respiration, de touchers thérapeutiques, quelques exercices empruntés au tai-chi et du dessin ou du travail de l’argile. La relaxation, la respiration, le toucher et le tai-chi parce qu’ils permettent une réappropriation corporelle et de la détente dans le cas d’hypertonie. Et puisque corps et psychisme vivent en interrelation, une détente corporelle peut amener une détente psychique et inversement. Il y a aussi ce sentiment de reprendre le contrôle sur son corps, qui a pu vivre des états de soumission terribles, et du coup sur sa vie. L’argile et le dessin, parce que ça permet de symboliser tout ce qui a pu être vécu.

      En prise en charge en groupe, c’était plus « ludique », un terrain d’expérimentations corporelles et de sensations : jeux avec ballons, foulards, tissus, jeux de rythmes, automassages, expression primitive, danse… C’était un travail de relation, pour réinscrire des personnes au sein d’un groupe, mais d’image du corps aussi : prendre conscience que nous et notre corps somme encore capable de bouger, de s’exprimer, d’entrer en relation…


En tant que jeune diplômée, est ce que tu as pu tirer de tes études toutes fraîches des choses pertinentes pour cette PEC ?

     Etant donné que cette expérience est celle de mon stage long de troisième année, j’avais encore un pied à l’école au moment où elle a été vécue. Et oui, la majorité des choses que ce que j’ai utilisé, je les ai apprises pendant mes études. En Belgique nous avons beaucoup de cours pratiques, nous avons pu expérimenter beaucoup de médiations différentes. 

     Nous avons aussi un cours d’ethnopsychologie, il me semble que ça ce n’est pas le cas en France dans certaines écoles. Ce cours m’a été très utile également pour comprendre ce qui pouvait se passer lors de la rencontre de deux cultures différentes. A côté de cela, c’était aussi le sujet de mon mémoire donc je me suis évidemment beaucoup renseignée sur le sujet et c’est comme ça que j’ai pu compléter les informations qui auraient pu manquer. 


As-tu noué des liens particuliers avec certains de tes patients ?

      Oui, bien sûr ! La fin du stage n’a pas été si facile, autant pour certains patients que pour moi. Quand on s’implique auprès d’une personne dans une prise en charge, on y investit notre corps de psychomotricien mais aussi notre cœur d’humain. On peut parfois s’attacher à certains patients et eux s’attachent aussi à nous, mais on part avec une sensation de fierté du chemin qu’on a parcouru ensemble, même s’il a pu être un peu sinueux parfois ou si c’est un tout petit chemin

      Avec ces patients en manque de repères, il m’a paru très important, lors de la toute dernière séance, de retracer avec eux le chemin parcouru. Ca donne un fil conducteur et, même si nous partons, ils savent où ils sont arrivés. Si les traumatismes laissent une emprunte tonique sur leurs corps, nos interventions, à travers les expériences et expérimentations que nous proposons, aussi. Tout ce que nous avons proposé, ils pourront le réinvestir à leur façon. C’est un petit bout de relation et du travail accompli qui reste même une fois la prise en charge finie.

(Photos issue du site de Human Rights Watch)

Merci à Marion pour ce témoignage très inspirant :)

Pour plus d’informations sur les personnes qui subissent ces migrations, et les moyens de leur venir en aide, voici le site de l’association française EliseCare (anciennement Shannong et Avicenne) qui apporte des soins médicaux (notamment l’acupuncture) au réfugiés d'Irak, de la Syrie, et du Liban, et intervient également auprès des migrants en France. 

Elle tire son nom d’Elise Boghosian, acupunctrice, qui a amené ses aiguilles au coeur des conflits pour soulager la douleur.


vendredi 3 mars 2017

Prise en charge des violences sexuelles en Psychomotricité

      La Psychomotricité est une discipline polymorphe. On peut travailler dans le public, dans le privé, en hôpital, en libéral, en IME, en CAMSP, en SESSAD, en EHPAD, dans pleins d’instituts nommés par des abréviations, et on soigne toutes sortes de choses.

      Aurélie, Psychomotricienne en clinique psychiatrique, et Elise, psychomotricienne en hôpital pédiatrique et en libéral, travaillent toutes deux sur la prise en charge des victimes de violences sexuelles.



(Photo extraite d'un article sur le projet Unbreakable, de Grace Brown, une "photothérapie" où les victimes de violences sexuelles brandissent les mots de leur(s) agresseur(s), des personnes qui ont contribué à les enfermer dans le silence, ou, ici, des messages d'encouragement à destination des autres "survivantes")

Comment les patient-e-s arrivent elles/ils dans ton institution ?

Aurélie : Elles viennent pour anxio-dépression. Certaines me déposent le trauma avant d'en parler au psy ou au psychiatre. Le fait que je laisse justement de la place au corps, que je les aide à faire des liens entre douleurs corporelles, émotions, histoire, fait que je deviens une interlocutrice privilégiée.

Elise : Je les vois dans le cadre d'hospitalisation, parfois juste après le viol, parfois quelques mois après et j'en suis également en cabinet. Je travaille en pédiatrie générale et en libéral.  Les patientes que je vois sont des mineures. Je les vois parfois a la majorité quand elles conservent le suivi psy à l'hôpital.


Quelle est la différence entre le travail que la psychomot peut faire avec ces patient-e-s et celui du psychiatre ou du psychologue ?

Aurélie : Le psy va travailler surtout au niveau de la pensée, des émotions, mais ne va pas toucher au corporel. Le psychiatre va ajuster le traitement en plus.

Elise : Bien souvent elles ont juste un suivi psy. Or pendant le viol, ils/elles l’expriment bien, ils/elles dissocient corps et esprit. Donc la pratique psychomotrice s'inscrit dans la "re connexion corps esprit" en partenariat avec la psy.
Notre but est de leur apporter des sensations / perception / émotions car souvent ils/elles n'arrivent plus a les percevoir et les associer a la bonne émotions. La mémoire corporelle est bloquée au moment du viol. Après, cela dépend aussi du moment ou la jeune fille vient vers moi, si c'est quelques mois seulement après le viol ou quelques années après. 

Parfois ils/elles refusent la psychothérapie, et le corps est un bon moyen pour y parvenir parfois c'est l’inverse. Les psychologues me sollicitent aussi lorsqu'il ont l'impression que la jeune fille n'avance plus et bloque parce que le corps n'a pas été "réparé"

Je les vois aussi dans le cadre de gestion stress/angoisse lors de leur procès par exemple.


Quelle  prise en charge peut-on faire en psychomotricité ? Quelles médiations utilises-tu ?

Aurélie : Il y a une grande part de langage, ne serait ce pour accueillir les émotions, souvent de la honte et de la culpabilité et poser des mots d'apaisement. Après je leur propose de se réapproprier leurs corps...

Chez nous les patient-e-s choisissent les groupes auxquels ils/elles souhaitent participer
Pour celles et ceux que je vois en individuel, c'est du sur mesure : auto-massages, respiration, relaxation, chant, travail autour de l'image du corps (comme en traçant leur silhouette), dessin, etc. J’utilise notamment la Psychophonie (prise de conscience de la voix, de la manière dont elle résonne dans le corps, des émotions qu'elle véhicule, de la détente qu'elle procure…)

C'est l'occasion de travailler autour du toucher : en auto-massages, en les amenant à pouvoir accepter et apprécier un toucher thérapeutique…Au départ ils/elles ne se sentent pas légitimes, qu'on puisse prendre soin d'elles/eux, au fil de temps ils/elles peuvent se réconcilier avec elles/eux mêmes, construire une estime de soi.

Je leur propose aussi, au besoin, de la décharge pour évacuer la colère associée au traumatisme, qui vient plus tard que la culpabilité.

Elise : J'utilise la relaxation,  la respiration mais aussi des exercices plus dynamiques et la notion du miroir. J'ai également créé des cartes sensations/perception/émotions.

Ces cartes servent au début pour raconter un souvenir agréable, et petit a petit je fais appelle à leur mémoire corporelle au moment du viol (quand elles sont prêtes et qu’elles ne présentent pas de fonctionnement psychotique). A ce moment là, on arrive pe
tit à petit à la re-découverte du corps. Le challenge est de les amener à retrouver une bonne image du corps, à l’aimer, à en prendre soin de nouveau et à long terme d’être revalorisée dans leur corps.

La prise en charge de cette problématique est elle une nouveauté en Psychomotricité ?

Elise : Cela commence à s'ouvrir petit à petit, à l'hôpital en tout cas. Mais très peu de praticien-ne-s connaissent son intérêt et peu de psychomotricien-nes- la pratiquent ...
En règle générale la sexualité et la violence restent encore un peu tabous dans l'enseignement. Mais ce sont également deux sujets difficiles à aborder, et qui peuvent faire resurgir chez les étudiant-e-s de mauvaises expériences...
Cela tend à se développer et mon objectif est de développer cela en libéral également


Merci à Aurélie et Elise pour leurs témoignages édifiants :)

Pour en savoir plus sur les conséquence et la prise en charge médicale et jurigique des violences physiques, psychologiques ou sexuelles, voici le site de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie.

Et pour un peu plus de fun, voici le Projet Crocodile, un blog qui met en BD des histoires vraies de harcèlement de rue.



1ère séance solo de Cécile

     En tant qu'étudiant-e-s, on imagine avec impatience et effroi la première séance où nous volerons de nos propres ailes. Aussi, j'ai demandé à Cécile, Psychomotricienne diplômée depuis 4 ans de l'IFP Paul Sabatier, de me raconter sa première séance solo.


     C'était avec un enfant polyhandicapé. Bizarrement ça m'avait paru assez naturel en fait. J'étais contente. Je ressentais un peu ce sentiment de liberté, comme quand tu as fais de la conduite accompagnée pendant 2 ans et que tu obtiens ton permis : tu es libre et tu peux conduire comme bon te semble. Je n'avais pas peur du tout. Je tatonnais, j'essayais.  Mais voilà, c'était assez naturel, j’avais plein d’idées fraiches en tête, je portais bien à attention à tout, je n’étais pas du tout perdue. 
      Les étudiants s'inquiètent toujours beaucoup du moment où ils vont "voler en solo". C'est normal, je pense...Mais en fait une fois qu'on y est, on réalise qu'on a quand même des outils en main et du bon sens. En 3 années de formation, on apprend quand même beaucoup, et les stages nous forment énormément. Tu ne le ressens peut-être pas encore parce que tu es en 1ère année, mais dès le début de la 2ème année, on entre dans en plein dedans. Et la 3ème année est très très riche et concrète!


Merci Cécile pour ton témoignage :)

Témoignage de Cécile, diplômée de Toulouse


Coucou les ptit-e-slou-te-s !
Les réseaux sociaux nous ont apporté le harcèlement en ligne, les Tweets de Donald Trump, et les dog face, mais aussi la Révolution Arabe, le partage de documents en ligne, et surtout, des possibilités décuplées d’entrer en contact avec des inconnu-e-s que l’on n’aurait jamais rencontré-e-s mais avec qui on a tant à partager !

Voici le message que m’a adressé Cécile, Psychomotricienne diplômée de l’école de Toulouse depuis 4 ans, en réaction à mon premier article sur le choix de l’école.


   
    Je parcours ton blog et lis tes articles, je trouve ta démarche intéressante. Par contre, permets-moi de te faire part de quelques remarques et quelques avis, pour alimenter tes questionnements dans l’article. Le choix et l'orientation des écoles est bien réel, c'est vrai. Mais je ne crois pas que cette prise de parti soit vraiment justifiée. 

      Cela fait bientôt 4 ans que j’ai obtenu mon diplôme à l’école de Toulouse. Oui, moi aussi j’ai été en colère contre le peu de médiation corporelle, moi aussi j’ai pesté contre tout ce que j’aurais pu apprendre et que la politique de l’école refusait de nous apprendre. Tu sembles bien t’être informée auprès du BDE, et c’est bien, dans ton article tu résumes bien. Non, nous ne faisons pas de danse. Ni de Qi Gong. Ni de danse africaine. Mais dire que nous n’avions « aucune médiation corporelle » est exagéré, et faux. Les choses ne sont pas aussi tranchées que ça. Bouger son corps, expérimenter et ressentir, nous l’avons fait. Nous apprenions de manière régulière et approfondie les méthodes de relaxation, nous apprenions à ressentir en nous-mêmes pour mieux pouvoir proposer aux autres. Nous avions aussi un TD d’expression corporelle (je me sers encore aujourd’hui des exercices de mime avec un groupe de collégiens à qui je donne des ateliers pour mieux apprendre à gérer leur corps). Nous avions aussi appris le « shiatsu », toucher par pression selon médecine chinoise, comme médiation pour le toucher (et je m’en sers encore chaque semaine auprès des patients). Pour avoir reçu en stage des étudiants de plusieurs écoles, aucun ne connaissait cette approche. J’ai aussi été formée à la base de la langue des signes

     Bref. Je ne suis pas ici pour défendre l’IFP de Toulouse, car je lui reprochais et lui reproche toujours des choses, comme n’importe quel étudiant pouvait le faire à n’importe quelle école, d’ailleurs. Par contre, je me demande pourquoi tant de personnes sont réticentes à y entrer. Parce que l’on juge que l’orientation psychanalytique est mieux ? Parce que l’on a peur de passer à côté de la plaque ? On a peur de ne pas aller au fond des choses ? Il s’agit pour moi de peurs et idées complètement reçues. Quand on sort d’une école de psychomotricité, quelle que soit son enseignement, l’apprentissage est loin d’être fini. A l’école, l’apprentissage commence. Sur le terrain, l’apprentissage continue, grandit, et évolue sans cesse. La psychomotricité telle que je la pratique aujourd’hui est un mélange entre ce que j’ai appris à l’école, ce que le terrain m’as appris, ce qui m’a formée par la suite, et mes recherches personnelles. Je sors de l’école de Toulouse, et je travaille dans un hopital de jour psychiatrique à orientation totalement psychanalytique. Mes collègues psy me nourrissent de leur approche, et je les nourris de la mienne. C’est très riche. 

      Je suis attentive à mon corps, je peux identifier mes ressentis. Alors non, je n’ai pas fais de Qi Gong, par exemple. Mais si cela m’intéresse, ou si j’estime que cela peut apporter à ma pratique, alors je trouve un stage, ou je prends des cours. Oui, je sais faire passer plein de tests. Mais ça, mes collègues psychomot formés à Paris ne savent pas le faire. Mais si cela les intéresse, ou s’ils estiment que cela peut apporter à leur pratique, ils se renseignent, ou se forment. Ce que l’école ne t’a pas enseigné, alors tu peux aller le trouver par toi-même. C’est valable partout, et c’est aussi le principe de notre métier. En face du patient, il nous faut nous adapter, et surtout, ne nous fermer aucune porte car tous les outils seront bons. Au jour d’aujourd’hui, je crois sincèrement qu’il faut arrêter de se figer sur la psychanalyse, ou sur les neuro-sciences. On a besoin de tout. Et aucune approche n’est mieux qu’une autre. 

     Donc voilà, pour choisir son école de psychomot, il faut aussi se laisser surprendre, faire confiance et ne pas juger avant d’y avoir été. J’ai été sur des forums pour les gens qui préparent les concours et je suis totalement subjuguée de voir le nombre de jugements de valeurs que l’on peut y trouver, concernant les écoles. Toujours garder son esprit ouvert. Pour moi, c’est une des plus grandes capacités du psychomotricien.



Profitant d’avoir sous la main une ancienne étudiante toulousaine ayant éprouvé son apprentissage sur le terrain, j’en ai profité pour lui poser une question qui m’a longtemps taraudée en entrant à l’école de Toulouse :

Est-ce que l’absence de médiations corporelles au cours de ta formation t’a gênée dans ta pratique professionnelle ?


      Oui et non. 

      Non, parce que comme je te disais, nous n'avions pas rien ! Tous les TD étaient plutôt pertinents, j'ai trouvé de l'intérêt dans tous et nous y avions expérimenté plein de choses. Depuis que je pratique ce métier, plein de ces choses m'ont servies et me servent encore. Tu es actuellement en 1ère année qui est une année très théorique et parfois barbante, mais le meilleur reste à venir... Et puis par l'ATEP nous faisons venir de chouettes intervenants, ça complétait bien. Evidemment, dans le principe, ça aurait été mieux que nous n'ayons pas à nous occuper de ça, mais bon, le résultat était quand même chouette. 

     Oui, d'un autre côté, j'aurais parfois aimé en avoir plus, des médiations. Surtout quand nous étions amenés à échanger avec les autres écoles et que nous découvrions ce que faisaient les autres..."Waou mais ils ont trop de chance ils font de la danse! " Bon ok c'était dommage, mais ce type de regret, personnellement, je suis vite passée outre, je me disais que les autres avaient ça, mais nous avions aussi des choses que les autres n'avaient pas. Comme dit le dicton, l'herbe nous parait toujours plus verte chez le voisin. Je n'ai jamais trop adhéré à cette philosophie de vie...donc mon positionnement est très personnel là dedans. 

      Aujourd'hui, quand j'interviens en vacataire à l'école de Mulhouse et que je vois tout ce qui est proposé aux étudiants en terme de médiations, je me dis aussi qu'ils ont beaucoup de chance (et j'essaye d'ailleurs de leur dire, qu'ils en aient conscience). Mais bon, tout cela pour te dire qu'au final, cela n'a jamais fait de moi une psychomotricienne qui avait l'impression d'être passée à coté de quelque chose. Je ne me sens pas du tout à la ramasse à côté de mes collègues sortant de l'école de Paris, ou de Lyon ou d’ailleurs. Je n'ai pas du tout l'impression de manquer de savoirs faire ni de savoirs être. Et puis ce n'est pas la quantité de médiations corporelles qui fera de nous des bons ou des mauvais professionnels, ça, c'est pour moi une idée fausse et reçue. 

     Donc entre ce oui et ce non, je ne regrette rien. J’ai pris ce qu’il y avait à prendre à l’institut de formation, point final. Ton chemin de psychomotricien se trace peu à peu à la sortie du diplome, en fonction de là où tu vas t'orienter. Et ce qui te manque dans ta pratique, si tu vas un peu le chercher, tu finis toujours par le trouve


T’es tu formée à des médiations après ton diplôme ?


      Depuis que je travaille je n'ai pas fais de formation spécifique sur une médiation. Déjà pour te situer les choses, à la sortie du diplome j'ai travaillé 2 ans auprès d'enfants et ados polyhandicapés, puis j'ai rebifurqué en psychiatrie adulte. Je dis rebifurqué parce qu'en 3ème année j'avais fais mon stage long en psy adulte, et même si ce milieu m'attirait déjà sans le connaître, je m'y suis trouvée comme un poisson dans l'eau. J’ai donc fini par quitter mon poste dans le polyhandicap, et j’ai gardé celui en psychiatrie.


      Dans le polyhandicap, l’institution nous proposait quelques petites formations courtes mais rien de bien phénoménal. J'ai surtout approfondi mes connaissances sur le toucher thérapeutique en fait. A un moment donné je voulais m'inscrire en formation de danse thérapie, surtout parce que je suis pratique la danse à titre perso, mais finalement je n'ai pas poussé plus loin. Peut-être plus tard, on verra. 

     Ensuite quand j'ai commencé à travailler en psychiatrie adulte, là j'ai réalisé qu'il me fallait plus de médiations corporelles et de matière. A titre perso, quand j'ai pu, j'ai pris quelques cours de Tai Chi et de Qi Gong (aussi par intérêt perso), je me suis beaucoup renseignée auprès d'un psychomotricien pratiquant le Tai Chi depuis 20 ans en psychiatrie. J'ai pris quelques ateliers avec lui, lors de journées d'échanges de pratiques. Il m'a bien aiguillée. J'ai même hésité à prendre des cours à l'année, mais financièrement j'étais un peu ric rac, et je suis quelqu'un qui a besoin d'activités corporelles plus "explosives". Par contre, le peu que j'ai appris en Tai Chi et Qi Gong, je l'exploite, je le remanie, et je l'utilise avec les patients.

     En fait, je n'ai jamais entrepris de formation sur une médiation corporelle spéciale. Pour l'instant je n’en ressens pas le besoin, je n'en pratique pas une seule de manière exclusive, j’en mixe plusieurs. Comme je prend des stages de danse, parfois j'y trouve de la matière à exploiter en thérapeutique. Certains exercices que je propose aux patients sont issus de ces stages de danse contemporaine par exemple. J'ai participé à quelques initiations en Yoga. Je le pratique aussi un peu pour moi, et parfois je l'utilise avec des patients. Sinon, j'utilise toujours beaucoup le toucher : enveloppements, pressions profondes, shiatsu (appris à l'école de Toulouse), automassages...etc. Je participe quand je peux à des échanges de pratique, des ateliers, des colloques internationaux (où il y a des ateliers). J'en reviens toujours avec de la matière à exploiter !! Ah si, j’allais régulièrement en balnéothérapie avec les enfants handicapés, et puis j'ai eu une petite formation par le même psychomotricien qui fait du Tai Chi. Il pratique l'hydrothérapie. Cela me sert beaucoup, car actuellement dans mon travail en psychiatrie, tous les vendredi matin j'anime un atelier à la piscine. Par l'intermédiaire d'un ami, j'avais découvert la méditation. Je la pratique pour moi et je réalise que c'est un médiateur hyper intéressant pour les patients. Donc j'ai fais des recherches, j'ai lu des bouquins, et hop c'est parti, il faut pratiquer. 

     Voilà... Donc tu vois, pour l'instant je fonctionne comme ça et ça me convient. Je me nourris et reste curieuse. On pourrait percevoir tout ça comme une petite boite à outils, chaque psychomotricien se construit la sienne en fonction de lui et de la population avec laquelle il travaille. Ce n'est pas toujours évident pour une institution de payer des formations donc je pars du principe que je fais mon chemin.



Merci Cécile pour ton témoignage :)